Le Mont citoyen

Démocratie – Solidarité – Écologie


La Créativité ou le désir d’espérance

Une intime conviction m’habite : la créativité puiserait sa source dans le principe espérance.

Aujourd’hui pourtant, il semblerait que le spleen et le désenchantement soient plutôt la norme chez l’homme occidental contemporain. Cette attitude engendre un engourdissement de l’âme, une fatigue spirituelle. On pourrait parler d’un péché d’acédie, c’est-à-dire d’un renoncement à l’espérance. Ainsi, la figure banale de la réalité est devenue l’homme unidimensionnel dont parlait H. Marcuse. C’est un homo oeconomicus désabusé qui se recroqueville dans une pensée gestionnaire et comptable : il se contente d’échanger des marchandises et de gérer le présent. Croire qu’il est possible d’agir et d’œuvrer pour la société lui semble désormais improbable. Ce positionnement confirme le renoncement d’une partie de la pensée occidentale et son deuil de l’Idéal et du Salut : on passe du citoyen au consommateur-spectateur.

Le discours dominant de l’inéluctabilité est charrié dès les années 1980 par M. Thatcher avec son fameux slogan : there is no alternative (TINA). Cette symbolique de l’inévitable, d’une société guidée uniquement par la loi du marché, nourrit la croyance d’une sortie de l’histoire. Elle hypothèque aussi notre capacité à penser de manière créative l’avenir. Dans ce cadre-là, le futur ne vaut plus ce qu’il valait, l’avenir semble sombre et l’on se noie de manière irresponsable dans un présent devenu omniprésent.

Très en phase avec cette pensée du « lâcher prise », le néostoïcisme et le bouddhisme seraient aujourd’hui les sagesses à suivre. De fait, la contemplation ou l’adaptation sonneraient comme un gage de sérieux. Ceux qui rêveraient de transformer le monde sont vus comme des fous ou des irresponsables. Au contraire, je pense qu’il est essentiel de tourner le dos au stoïcisme de soumission ou au bouddhisme de renoncement. Ces sagesses-là, traduites dans nos sociétés contemporaines peuvent aussi être vues comme les refuges pour des individus désaffiliés, en rupture d’appartenances collectives. Le néostoïcisme fait en réalité le jeu du désordre établi.

L’espérance, quant à elle, engendre l’imagination et la créativité pour penser un monde meilleur ; elle réintroduit une dimension collective dans la destinée humaine.

Dans la pensée occidentale, d’où nous vient-il ce goût de l’avenir ? Assurément du prophétisme juif qui pense que le temps mène quelque part. Ce prophétisme a ensuite été repris par l’espérance chrétienne, espérance laïcisée enfin par les Lumières sous le nom de progrès.

C’est dans cette vision du temps qui n’est plus circulaire que s’ancre l’occident ; dans ce temps droit que l’on peut choisir de construire l’avenir. Le présent se bâtit ainsi à l’aune d’un futur désirable et d’une promesse. N. Grimaldi nous appelle à se réapproprier « cette subversion continue du présent par l’avenir qu’on peut indifféremment nommer tension, ou effort, ou élan, ou désir, ou volonté ». Il nous dit encore que la conscience humaine peut prendre « l’initiative de hâter ce qu’elle attend, et de le faire advenir à force de travail et de persévérance, s’appliquant sans cesse à changer la matière du présent pour la métamorphoser, et y faisant lentement comparaître, dessiné par nos efforts, le visage de l’avenir ».

Si comme E. Morin et tant d’autres, nous faisons le constat d’un monde en « poly-crises » et d’une crise de civilisation, lorsque nous sommes guidés par le principe espérance, nous pouvons agir. En quête de sens et pas encore totalement aliénés par le capitalisme, nous cherchons alors des ruptures épistémologiques et des changements de paradigmes pour construire un monde meilleur.

Forts de ce constat et de cette volonté, faisons jaillir la créativité pour refonder le monde ! Cette dernière peut se déployer dans l’invention de nouvelles manières de travailler, voyager, consommer, éduquer, s’alimenter, faire de la politique, …

L’essentiel est que l’homme se transforme et qu’il découvre les valeurs engendrant ses motifs d’actions. Dans ce monde où l’humain est chosifié, tant de gens meurent avant d’être entièrement nés. C’est grâce à la créativité dont nous pouvons faire preuve qu’il nous est possible de naître avant de mourir. Cette naissance requiert courage, volonté et foi en l’avenir. Refusons donc le conformisme ambiant et le repli sur la sphère individuelle et domestique ; faisons donc avec créativité l’expérience de nous-mêmes en lien avec l’humanité entière.

Philippe Somsky


La participation prend corps au village

L’Association des Communes Suisses a publié un article sur le Mont Citoyen dans le dernier numéro de son magazine Commune Suisse. Cet article retrace la genèse du Mont Citoyen et le vent de changement qui souffle sur la Commune.

Les deux pages de l’article sont consultables ci-dessous et sont disponibles au format PDF au bout ce lien.

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RIE III : 3 bonnes raisons de la refuser

Economiste de formation, j’ai passé la majorité de ma vie professionnelle à développer les affaires d’entreprises privées diverses et à défendre des idées libérales. J’essaye d’avoir un regard critique objectif sur l’activité politique, sans dogmatisme de parti.

Dans le cas de la RIE III, je veux crier haut et fort : « Arrêtez de vous laisser berner par les lobbys économiques ». Presque tout le monde répète en cœur la même chose : « Oui, pour sauvegarder les emplois ». Sans se poser les vrais questions de fond. Certains éléments sont à saluer, dont en particulier l’objectif initial d’abolir les 2 poids 2 mesures du système fiscal actuel. Mais ce paquet final est profondément en défaveur d’une souveraineté financière sereine des collectivités publiques et de l’intérêt collectif de l’ensemble de la population, au final.

Voici donc à mon avis 3 bonnes raisons de refuser ce projet le 12 février.

  • Quel taux est raisonnable pour tous?

Harmoniser le taux pour l’ensemble des sociétés, c’est bien. Mais laisser à chacun des 26 Cantons la liberté de fixer leur propre taux ne fait qu’exacerber la concurrence fiscale déjà largement problématique, autant au niveau suisse qu’au niveau international. Le Canton de Vaud a déjà fixé un taux en-dessous de 14%. C’est très bas, beaucoup trop bas à mon avis. Et cela donne le pas pour les autres cantons… Pourquoi le taux d’imposition des personnes morales devrait-il être 2 à 3 fois inférieur (voire plus à cause du point 2) à celui de nombreuses personnes physiques, salariées ou même à leur propre compte? Est-ce cela, l’équité fiscale?

  • Des astuces à tout va pour réduire encore plus sa contribution fiscale.

L’objectif initial et souhaitable était un taux d’imposition unique, stable, transparent. Au final, au vu de tous les mécanismes de déductions possibles, non seulement les recettes fiscales risquent d’être vidées de leur substance, mais en plus impossible de prévoir dans quelle ampleur. Le double-spectre d’un démantèlement des services publics et d’une hausse des impôts pour les personnes physiques est une réalité, afin de compenser les pertes fiscales générées à moyen terme. Or il n’y a pas vraiment d’autre lobby pour défendre les contribuables citoyens que les milieux politiques d’extrême gauche, dont je ne partage souvent pas le dogmatisme.

A noter en plus que ce sont encore les entreprises les plus profitables qui bénéficieront du système, et non pas les petites et moyennes entreprises, qui elles ont d’autres problèmes (par ex. l’accès à des financements), pas du tout adressés dans la réforme.

  • Un engrenage mondial à l’opposé d’un développement soutenable

On nous parle de compétitivité de la Suisse dans le monde. La Suisse est déjà un des pays qui se porte le mieux de très loin. Or cette course mondiale effrénée à compétitivité et à la croissance infinie nous mène droit dans le mur. Ce système n’est pas soutenable. Et c’est enfin reconnu par le plus grand nombre. La Suisse, par sa situation privilégiée, devrait donner l’exemple, sans naïveté mais avec plus de courage. Or la RIE III propose l’inverse. Ce projet ne fait que mettre de l’huile sur le feu dans la guerre économique mondiale, et accélère le cercle vicieux dans lequel nous sommes tous plongés.

C’est pourquoi je dis stop, je dis non, et je vous invite le 12 février à refuser ce paquet fiscal tel quel.

Arnaud BRULÉ